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Idéologie du PUR

Tant qu’il y’aura de la politique, il y’aura idéologie. Il est donc absolument absurde de théoriser la « fin ou la mort des idéologies ».  L’idéologie est fondamentale pour quelqu’un qui veut suivre une ligne politique cohérente. En vérité, « le terme idéologie dans son acception propre de vision globale du monde et de son avenir doit conditionner l’action de tout militant dans l’espace public.

 

Sous ce rapport, les politistes considèrent que l’idéologie est l’énergie nécessaire dont l’activité politique a besoin pour fonctionner. Tel du carburant pour la voiture, la politique utilise et s’alimente d’idéologie pour se mouvoir, pour bouger bref pour  s’épanouir. L’idéologie repose à son tour sur un élément catalyseur capable de mobiliser tout homme réceptif au message élaboré autour de celui-ci. C’est ainsi, par exemple, que le libéralisme s’appuie sur la notion de « liberté » pour mener son action politique. Seulement, pour celui qui prend la peine d’observer la pratique politique sous nos cieux, il est naturellement sidéré de constater  que les acteurs politiques donnent l’impression de n’avoir plus d’idéal. Il y a, en réalité, selon le professeur Babacar GUEYE une « crise de l’engagement politique ».  Certes, les idéologies occidentales les plus en vue, à savoir le Libéralisme, le Socialisme et le Communisme sont aujourd’hui plombés, mais, il n’en demeure moins que le monde reste assoiffé par une quête de sens.  En effet,  une enquête réalisée par Cevipot sur le Baromètre de la confiance politique entre 2015 et 2016,  a révélé les statistiques suivantes : « 73% des français pensent que les notions de droite et de gauche ne veulent plus rien dire aujourd’hui, avec une progression de 10 points par rapport à 2011. 65% disent n’avoir confiance ni dans la droite, ni dans la gauche pour gouverner le pays. 87% des français ne font pas ou ne font pas trop confiance aux partis politiques. 1,5% des français sont adhérents d’un parti politique. C’est le plus faible chiffre en Europe .  Cette situation n’est pas très loin de la nôtre si celle-ci même n’est pas pire ! En revanche, cette enquête révèle, par la même occasion, une exigence de rétablir la confiance entre acteurs politiques et électeurs ; de redonner espoir au peuple par une nouvelle offre politique alternative adossée sur une vision prospective attrayante. Autrement dit, il y a nécessité de repenser la politique pour qu’elle soit ce qu’elle n’aurait dû jamais cesser d’être, c’est-à-dire, une activité noble puisque dédiée exclusivement à la prise en charge de l’intérêt général.

A la lumière de cette conception originelle de la politique, le Parti de l’Unité et du Rassemblement (PUR) inaugure une nouvelle ère idéologique. Celle sous-tendue par le besoin d’être soi-même, c’est-à-dire, être sénégalais, patriote, au service exclusif de son peuple, donc  prêt à consentir tous les sacrifices pour la nation sénégalaise et d’avoir comme principe de vie, en tout temps et en tout lieu, « le Sénégal d’abord » . Cette idéologie politique c’est l’Enracinité !

Ce faisant, puisque  « la religion a, dans une large mesure, joué au Sénégal les fonctions que le nationalisme a eues par ailleurs en Afrique »[3], le PUR revendique tout l’héritage politique des sages de l’Islam au Sénégal et particulièrement celui émanant de la République islamique de l’ALMIYAT au Fouta Toro. En effet,  « à la fin du XVIIIe siècle, un soulèvement généralisé dirigé par le marabout Souleymane BAL, renverse le dernier représentant de la dynastie Denyanké, et en 1776, l’Almamy Abdoul Kader inaugure une nouvelle période historique connue sous le nom d’Almamyat. L’Almamyat devait durer jusqu’à l’occupation française, environ cent quatorze ans plus tard. […..] Le Fouta au XIXe siècle était un Etat théocratique dirigé par l’Almamy qui était élu par les représentants des familles les plus puissantes du pays. L’Almamy du Fouta réunissait entre ses mains les pouvoirs civils, religieux et militaires »[4]. Il s’agit moins de reproduire l’Etat théocratique que de s’approprier les principes sur lesquels il était assis.  Ces principes sont les suivants :

  • Détrônez tout Imâm dont vous voyez la fortune s’accroître et confisquez l’ensemble de ses biens ; combattez le et expulsez le s’il s’entête ;
  • Veillez bien à ce que l’Imâmat ne soit pas transformé en une royauté héréditaire où seuls les fils succèdent à leurs pères ;
  • L’Imâm peut être choisi dans n’importe quelle caste ;
  • Choisissez toujours un homme savant et travailleur ;
  • Fondez-vous toujours sur le critère de l’aptitude
  • L’impôt, le produit des amendes et tous les revenus de l’Etat doivent être utilisés pour des actions d’intérêt général

Conformément à ces directives,  les militants du PUR utilisent comme identifiant symbolique le nom suivant construit sous forme d’acronyme : il s’agit de Militant Engagé pour sa Nation (M.E.N).

Par ailleurs, l’idéologie de l’Enracinité exclut le repli identitaire source d’incompréhensions et de tensions pouvant être fatales à l’humanité. D’ailleurs, dans un monde mondialisé, vouloir vivre en autarcie relève de l’impossible. Ainsi, le PUR adhère à la philosophie politique de la Démocratie inscrite dans la charte fondamentale du Sénégal. Celle-ci exige l’onction du peuple pour légitimer l’acquisition, l’exercice et la transmission de tout pouvoir politique. Elle exige également des dirigeants politiques de gouverner le peuple conformément à ses véritables aspirations car la souveraineté lui appartient. De ce fait, en rapport avec l’histoire et les réalités sociales de notre pays, le PUR estime que la laïcité inscrite dans la constitution sénégalaise est en décalage avec les idéaux du peuple. En réalité, la laïcité ne garantit pas les conditions d’un traitement équitable entre les communautés religieuses du pays. Elle est aux antipodes des exigences démocratiques. Un sage du pays disait d’ailleurs : « que le péché de la laïcité réside dans sa position de neutralité ». La démocratie suppose que le pays soit gouverné selon les orientations, les convictions, les choix, les besoins du plus grand nombre sans pour autant que les droits des minorités soient bafoués. C’est parce que notre école est laïque que plusieurs sénégalais refusent de subir le diktat du système éducatif français et développent parallèlement l’éducation traditionnelle des Daaras ou l’enseignement franco-arabe. Le risque étant d’avoir l’éternelle querelle entre arabisants et francisants et pire la présence de deux types de sénégalais avec tout ce que cela peut comporter comme conséquences dans un monde en panne de repères. Notre pays doit assumer son histoire surtout au plan éducatif. Ceci devrait se traduire par l’intégration complète et effective de  l’éducation et de l’enseignement des sages de l’Islam sénégalais dans nos curricula en vue de former un homo senegalensis imbu de ses valeurs parce que enracinés.

Dans le même ordre d’idées, le PUR considère que le Sénégal n’est pas socialiste. En  conséquence, on devrait envisager d’enlever dans notre constitution les qualificatifs socialiste et laïc enjoints à république démocratique. Pourquoi socialiste ? Parce que tout simplement le premier régime qui a dirigé le Sénégal est le PS ! Çà c’est partisan. Certainement,  le Président Wade ne s’en est pas rendu compte mais, il aurait pu mettre libéral à la place de socialiste et personne ne trouvait à redire. D’ailleurs, un autre président d’une autre idéologie pourrait demain être tenté de le faire s’il découvre la réalité qui se cache derrière le concept socialiste constitutionnalisé.

En définitive, l’Enracinité se veut une idéologie centrée sur les valeurs pures sénégalaises. Celles issues du système traditionnel (par exemple : le Jom, le Fula, le Fayda, le Kersa, le sutura, le mûn…etc.) ; du système islamique ( par exemple : la foi, la famille, l’autorité en matière de religion, l’éducation religieuse, la coexistence pacifique…etc.) et du système occidental ( par exemple : le goût de la recherche, le respect de l’heure, la solidarité structurelle, la planification, le respect de la vie humaine l’organisation et la méthode…etc.).

BOISARD Marcel A, L’humanisme de l’Islam, Albin Michel, Paris, 1979, pp. 138-139

Revue Sciences Humaines, Les grandes idées politiques : Etat des lieux, Hors-série No 21, Mai-Juin 2016, p.17

MARKOVITZ cité MAGASSOUBA Moriba,  l’Islam au Sénégal, Demain les mollahs ? Editions Karthala, Paris, 1985, p. 166

LY Boubakar, La morale de l’honneur dans les sociétés wolof et halpulaar traditionnelles : une approche des valeurs et de la personnalité culturelles sénégalaises, Tome 1, L’Harmattan, Paris, 2015, p. 81